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Jhamily Hill Pompilus : une vie dédiée à la lutte contre les déchets plastiques

Pour aider à combattre les déchets plastiques dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, Jhamily Hill Pompilus a créé Hil Plast en 2019. À travers cette entreprise de recyclage, l’écologiste entend aider Haïti à mieux faire face au problème de changement climatique.


Reportage


Une machine à coudre, un sac d’école, des tapis dérivés de sachets d’eau sont déposés sur une table. Ce matin, Jhamily est vêtu d’une chemise blanche frappée du logo bleu de Hil Plast, son entreprise, et d’un pantalon beige. Réaliser un « cover bag » — voilà son objectif de la journée, ici à Brochette 101, localité de la commune de Carrefour. C’est l’un de ses deux centres de travail. L’autre se trouve à Turgeau, un quartier de Port-au-Prince. 


Formée à partir de sachets d’eau, l’œuvre du jour doit servir à protéger les sacs à dos de l’insalubrité et de la pluie. Sourire aux lèvres, le jeune entrepreneur procède soigneusement à la conception de son ouvrage. Pour l’écologiste, c’est l’une des meilleures façons d’apporter sa contribution dans la lutte visant à la protection de l’environnement. « Pour confectionner un “’cover bag”, il faut entre 80 à 100 sachets d’eau. Une entreprise qui en produit 1 000 prive l’environnement de plusieurs centaines de sachets qui allaient obstruer les égouts, se déverser dans la mer et provoquer des inondations », soutient-il. 


L’autre avantage que donne le recyclage, selon Jhamily, c’est la création d’emploi. De la collecte des sachets, en passant par le nettoyage pour arriver à la conception du « cover bag », une dizaine de personnes interviennent. « C’est toute une marche à suivre qui fait appel à beaucoup de bras. Ce qui garantit l’avenir du secteur », explique M. Pompilus, soulignant vouloir faire davantage de disciples en plus des nombreux jeunes qu’il a formés et ses dix employé.es.


De Cité Soleil à l’Asie 


Alors qu’il revenait de la République dominicaine, une pile d’immondices à Cité Soleil avait retenu l’attention de Jhamily Hill Pompilus. On est en 2017. « Je l’ai photographié. J’ai passé environ deux ans à visionner l’image en me demandant ce que je pouvais faire de ces déchets. Et en 2019, j’ai commencé à collecter des sachets d’eau au centre sportif de Carrefour », raconte-t-il. 


Jhamily a débuté en transformant les sachets d’eau collectés en bourses et en valises pour hommes et femmes. Son travail lui a permis de faire du réseautage et de participer à des activités d’expositions. Être beaucoup plus professionnel était devenu une obligation. « Je me suis dit que je devrais apporter plus d’esthétisme à mes travaux. Je ne dormais pratiquement pas les nuits pour pouvoir offrir des produits de bonne qualité et satisfaisants. Ainsi, j’ai eu l’opportunité d’innover », se rappelle-t-il. 


Le combat pour l’environnement de Jhamily lui a ouvert les portes de plusieurs formations et d’incubations. Des expériences qui lui ont permis de diversifier ses travaux jusqu’à trouver l’idée de son « cover bag » ou encore de se transformer, à son tour, en formateur dans le grand sud du pays, le Plateau central et aux Gonaïves. « Les séances ont mis l’accent sur le changement climatique, ses conséquences et les moyens d’atténuation », fait-il savoir. 


Hil Plast s’est fait un nom et a été sélectionné, en décembre 2022, parmi différents organismes luttant pour la protection de l’environnement dans la Caraïbe pour participer à un festival en Asie sur le développement durable. 


Tout comme les autres entreprises évoluant dans la région de Port-au-Prince et de ses environs, Hil Plast est grandement impactée par l’insécurité. Lequel phénomène a retardé son épanouissement vers d’autres marchés. « Nous avions prévu d’aller collecter des déchets dans le grand sud pour ensuite les vendre à d’autres entreprises évoluant dans la capitale. Cet argent devait nous permettre d’acheter des matériels », nous explique Jhamily, numéro un de l’entreprise. 


Mais à cause de la situation sécuritaire qui s’est aggravée à Martissant en 2021, les compagnies qui devaient aller récupérer les déchets à l’aide de conteneurs n’ont pas voulu traverser cette zone devenue rouge. « Tous les arrangements ont été faits. Le département du sud était notre première destination. Des personnes étaient déjà prêtes pour les collectes. Il ne restait que la récupération », souligne-t-il avec désolation.   


En dépit de cette situation, Jhamily n’entend pas abandonner. Il veut non seulement poursuivre avec la collecte de plastiques, mais passer également à la collecte d’autres types de déchets. Continuer la lutte contre le changement climatique, tel est son objectif. « Une entreprise qui évolue dans le recyclage, dans l’économie circulaire crée des emplois et résout des problèmes cruciaux au niveau mondial. Malgré les contraintes, nous devons continuer à avancer », appuie le jeune écologiste qui espère, avant tout, voir les problèmes de financements et de subventions auxquels fait face Hil Plast, disparaître.  




Fabiola Fanfan

Ce projet de contenus a eu le support de l’IFDD/OIF. 


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